Le « détail autonome », petite tentative de subversion de la ville néolibérale

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Margaux Darrieus

Résumé

En quoi l’anomalie que représente, dans la ville générique française, une descente d’eau pluviale coudée peut-elle être source de connaissance sur ce qui se joue dans ce contexte, pour les architectes ? Cet article propose une enquête à rebours de la conception, de la mise au point et de la mise en œuvre des détails qui constituent l’enveloppe d’une opération de 18 logements sociaux livrée en 2022 par l’agence d’architecture Barrault Pressacco au Raincy (Seine-Saint-Denis, France). Il s’agit de comprendre les conditions sociotechniques et les ambitions éthiques et esthétiques de ces assemblages, du point de vue de leurs concepteur·ices. L’étude permettra d’établir que la prescription de « détails autonomes » (Ford, 2011) – dont la valeur symbolique se conjugue à la fonction technique – et la manière d’impliquer ou non d’autres acteur·ices dans leur mise au point peuvent être vues comme des indices des tentatives des concepteur·ices de préserver un peu de leur agentivité dans le projet. Cela dans une économie de la construction avare par essence et dans une condition écologique valorisant l’économie de moyens, donc assimilant le décor à de la surconsommation coupable.





Photo : 18 logements sociaux, Le Raincy, livrés en 2022, Barrault Pressacco architectes. Photographie commandée
par les architectes. © Giaime Meloni, 2022.




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Biographie de l'auteur

Margaux Darrieus, ENSA Paris-Malaquais

Docteure en architecture, Margaux Darrieus est maîtresse de conférences à l’ENSA Paris-Malaquais, membre du laboratoire ACS et journaliste pour des revues spécialisées en architecture. C’est dans ces multiples lieux, en divers formats (articles, enquêtes, enseignement, commissariat d’exposition) et en mobilisant les sciences humaines et sociales qu’elle interroge les manières d’être et de faire des architectes en prise avec les enjeux socio-environnementaux contemporains, considérant la production de l’espace comme une pratique collective à l’intérieur de laquelle iels doivent déployer des stratégies pour exister et faire exister leurs projets. Sa recherche sur les détails de construction contemporains bénéficie du soutien de la plateforme FAIRE du Pavillon de l’Arsenal.